Enjeux et usages de la photogrammétrie
pour le musée d’anatomie de
l’Université Toulouse III : vers une réactualisation
des collections d’anatomie ?
Os desafios e usos da
fotogrametria para o museu de anatomia da Universidade de Toulouse III: rumo à
atualização das coleções de anatomia?
The stakes
and uses of photogrammetry for the anatomy museum of Toulouse III University:
towards an update of the anatomy collections?
Retos y usos de la fotogrametría para el museo de anatomía de la Universidad Toulouse III: ¿hacia
una actualización de las colecciones de anatomía?
Janaïne GOLONKA[1]

RÉSUMÉ
Les musées d'anatomie, héritages des traditions pédagogiques et scientifiques du XVIIIᵉ siècle, affrontent aujourd'hui des défis de conservation, de médiation et de reconnaissance institutionnelle. Le projet M.A.N
3D, mené à l’Université
Toulouse III, a exploré l’utilisation
de la photogrammétrie pour créer des doubles numériques de pièces anatomiques. En impliquant les étudiants, il a démontré l’intérêt
de ces technologies pour enrichir l’enseignement,
documenter les collections et faciliter leur accessibilité. Ces modèles numériques
offrent des solutions innovantes pour repenser la conservation de collections sensibles et pour aborder les
questions éthiques liées aux restes humains. Ce projet
ouvre des pistes prometteuses
pour la reconnaissance et
la valorisation des musées
d’anatomie, tout en questionnant
l’évolution du rapport au corps
et aux savoirs médicaux dans le
contexte numérique contemporain.
Mots clés: patrimoine scientifique. collections d’anatomie,
modélisation 3D. photogrammétrie.
RESUMO
Os museus de anatomia, herdados das tradições
pedagógicas e científicas do século XVIII, enfrentam hoje desafios de
conservação, mediação e reconhecimento institucional. O projeto M.A.N 3D,
realizado na Universidade de Toulouse III, explorou a utilização da
fotogrametria para criar duplicados digitais de espécimes anatómicos. Ao
envolver estudantes, demonstrou o valor destas tecnologias para melhorar o
ensino, documentar colecções e facilitar o acesso às mesmas. Estes modelos
digitais oferecem soluções inovadoras para repensar a conservação de colecções
sensíveis e abordar as questões éticas que envolvem os restos mortais humanos.
Este projeto abre caminhos promissores para o reconhecimento e a valorização
dos museus de anatomia, ao mesmo tempo que questiona a relação em mudança com o
corpo e o conhecimento médico no contexto digital contemporâneo.
Palavras-chave: património científico. colecções de anatomia.
modelação 3D. fotogrametria.
ABSTRACT
Anatomy museums,
legacies of the educational and scientific traditions of the XVIIIᵉ century, today face
challenges of conservation, mediation and institutional recognition. The M.A.N
3D project, carried out at Toulouse III University, explored the use of
photogrammetry to create digital duplicates of anatomical parts. By involving
students, it demonstrated the value of these technologies for enriching
teaching, documenting collections and facilitating their accessibility. These
digital models offer innovative solutions for rethinking the conservation of sensitive
collections and addressing the ethical issues surrounding human remains. This
project opens up promising avenues for the recognition and valorization of
anatomy museums, while questioning the evolution of the relationship with the
body and medical knowledge in the contemporary digital context.
Keywords:
scientific heritage. anatomy collections. 3D modeling. photogrammetry.
RESUMEN
Los museos de anatomía, herederos de las tradiciones pedagógicas y
científicas del siglo
XVIII, se enfrentan hoy a
retos de conservación, mediación
y reconocimiento institucional. El proyecto M.A.N 3D, llevado a cabo
en la Universidad de Toulouse III, ha explorado el uso de la fotogrametría para crear
duplicados digitales de especímenes
anatómicos. Al implicar a los estudiantes,
ha demostrado el valor de
estas tecnologías para mejorar
la enseñanza, documentar las
colecciones y facilitar el acceso a ellas. Estos modelos digitales ofrecen soluciones innovadoras
para replantearse la conservación
de colecciones delicadas y abordar las cuestiones éticas que rodean a los restos humanos. Este
proyecto abre vías
prometedoras para el reconocimiento
y la mejora de los museos de anatomía, al tiempo que cuestiona la cambiante
relación con el cuerpo y el
conocimiento médico en el
contexto digital contemporáneo.
Palabras clave: patrimonio
científico. colecciones de anatomía.
modelado 3D. fotogrametría.
1 INTRODUCTION
Les musées d’anatomie naissent en Europe au 18ème siècle, à un moment où la médecine s’interroge et se remet en question. Ils s’inscrivent
dans une longue tradition
de mise en scène de la médecine,
entretenant des liens profonds avec le théâtre, le dessin et la peinture, un rapport ambigu et complexe entre représentation,
spectaculaire et pédagogie
(Carrère-Saucède, 2022). Si certains
musées semblent perpétuer ces pratiques sensationnelles de la mise en scène
de la médecine déjà observées dans la Grèce antique, d'autres prônent cependant une approche plus pratique, dénuée de spectacularisation afin de se concentrer sur l’objet premier de
ces collections, le corps et l’enseignement
de la médecine. Ce faisant,
ils témoignent d’un changement de paradigme dans l’enseignement de la médecine mais aussi dans
le rapport au corps et à la
maladie. C’est le cas du musée d’Anatomie de la Faculté de
Médecine de Rangueil, au sein de l’Université
Toulouse III - Paul Sabatier et rattaché à l’Institut d’anatomie dont la création remonte à la fin du 19e siècle. Constitué dans une perspective pédagogique, le musée conserve une collection d'enseignement de l'anatomie humaine et regroupe des centaines de pièces de nature très variée
: des modèles anatomiques
en plâtre, cire, papier mâché ; des montages anatomiques ; des pièces anatomiques préparées ; des collections en fluide provenant
du laboratoire d'histologie
; quelques spécimens relevant de l’anatomie comparée ; des spécimens anatomiques isolés[2] ; des planches anatomiques
; quelques radios et clichés photographiques
sur plaque de verre.
Aujourd’hui, si les collections et les musées d’anatomie continuent à servir l’enseignement de la médecine, ils ont acquis
une valeur patrimoniale qui
ouvre de nouveaux questionnements. Leur conservation et leur médiation autrement dit, la transmission des savoirs qu’ils proposent, doit se faire dans le cadre d’une réflexion qui porte à la fois sur
la nature sensible de la collection
et sur les discours qui l'accompagnent
en tenant compte du contexte actuel dans lequel elles s’inscrivent. La question du spectaculaire, celle de l'exposition du corps humain et
en particulier des restes humains
est toujours bien présente et l’on ne peut en faire l’impasse. Doit-on, peut-on
exposer les restes humains,
et si oui, comment ? Lesquels choisir et pourquoi, quel discours porter
? Un autre questionnement
lié et qui nous préoccupe ici, est celui
de l’usage des nouvelles
technologies. Si elles ont largement investi le monde muséal, elles semblent
pourtant absentes dans les musées d’anatomie alors que sur le web et dans les plateformes
d’applications se multiplient
ce que nous nommerons des “expériences anatomiques virtuelles”. Que peuvent-elles apporter à la conservation, peuvent-elles
pallier la disparition des pièces
qui souffrent de mauvaises
conditions d’entreposage, tout en ouvrant
de nouvelles perspectives pour la recherche
? Que peuvent-elles apporter
à la transmission des collections d’anatomie notamment dans le cas particulier
du Musée d’anatomie de la
Faculté de Médecine de Rangueil,
qui comme l’ensemble du patrimoine scientifique de l’Université Toulouse III n’est
pas accessible au public ? Enfin,
quel rapport instituent-elles
entre les collections et les visiteurs et est-ce que cela modifie notre rapport au corps ?
C’est portés par ces questionnements, que nous avons
mis en œuvre le projet
M.A.N 3D[3],
dans le cadre du programme de recherche interdisciplinaire franco-brésilien
né en 2019 Collections scientifiques, patrimoine universitaire et médiations potentielles :
observations croisées France (UPS Toulouse) / Brésil (UFBA Salvador de Bahia) et qui proposait
l’observation des collections toulousaines
mais aussi la mise en
oeuvre “d’expérimentation de mises en récit, de mises en scène ou de mise en public” afin “d’identifier des jeux d’acteurs (visibles ou moins
visibles), d’analyser la
production et la transmission des savoirs pluriels universitaires et d’évaluer la valeur culturelle des collections que le processus de patrimonialisation est venu articuler aux valeurs pédagogiques et scientifiques” (Fraysse, Séjalon-Delmas, 2019)[4].
Nous proposerons d’abord un rapide détour par l’histoire de la création des collections et musées
d’anatomie, en particulier avec leur
évolution au 19e siècle, considéré
comme l'âge d’or de l’anatomie (Dias, 1992)[5].
Ceci nous permettra de mieux
comprendre le contexte et
les enjeux qui sous-tendent leur
apparition et leur évolution.
Nous aborderons également
la question de la patrimonialisation de ces collections, les nouveaux enjeux
qui sous-tendent le développement des musées d’anatomie face au développement des nouvelles
technologies, en questionnant notamment
le rapport au corps. Nous présenterons ensuite le projet, ses
objectifs, ses enjeux et sa mise
en œuvre, avant de faire un bilan et de discuter des pistes de réflexion ouvertes par notre recherche.
2 DES
MUSÉES POUR ENSEIGNER: PETITE HISTOIRE DE LA CRÉATION ET L’ÉVOLUTION DES MUSÉES
D’ANATOMIE ENTRE LE 18ÈME ET LE 19ÈME SIÈCLE
Les récentes recherches de Christine Carrère-Saucède,
publiées dans l’ouvrage Mediaçoes cientificas potenciais en 2022, à
propos des pratiques de théâtralisation de la médecine retracent l’évolution des pratiques de mise en scène de la médecine. On observe déjà dans la Grèce antique
une théâtralisation de la médecine,
qui passe à la fois par la mise en scène de la pratique qui se faisait en présence des proches du malade ainsi que celles de confrères, et à la fois, par celle du médecin toujours accompagné de sa barbe et de sa trousse à outils
(Carrère-Saucède, 2022). Certaines
de ces mises en scène sont encore bien présentes dans nos représentations contemporaines[6].
A partir du 16ème siècle, la pratique
de la dissection se développe
et se popularise. Les leçons
d’anatomie sont mises en scène dans des lieux dont la configuration
spatiale est la même que celle du théâtre, avec une scène circulaire. Le théâtre de dissection est un lieu privilégié
de l’enseignement mais c’est aussi un lieu de sociabilité où se croisent étudiants et mondains en quête de divertissement. La médecine entretient également des liens avec la peinture et le dessin. Les étudiants d'anatomie sont invités à s’exercer à la pratique du dessin pour l'étude de l’anatomie, tandis que les grands peintres pratiquent la dissection faisant de l’étude anatomique un préalable à la représentation du corps. Les pièces
d'anatomie, qu'elles soient naturelles ou artificielles, comme les cires, sortent progressivement des espaces d’enseignement de la médecine pour rejoindre
les foires, les spectacles
à sensation et pour être exposés dans
des musées permanents ou des expositions itinérantes (Carrère-Saucède,
2022)[7]
[8].
C’est dans ce contexte, influencé par des pratiques ritualisées et ancrées depuis plusieurs siècles que naissent les musées d’anatomie mais également dans celui d’une
remise en question profonde
de la médecine. Au 18e siècle,
dans la période de l’après-révolution, partout en Europe, s’engage un mouvement de réforme des études de médecine et de réorganisation en profondeur de
la profession médicale. On prône le développement d’un enseignement plus pratique où “autopsie et analyse statistique sont présentées comme les deux principaux fondements de la méthode anatomo-clinique” (Crignon, 2022)[9].
En 1739, le Musée académique des Sciences
créé dans le palais de l’Université proposait déjà plusieurs espaces dédiés à l’anatomie[10].
La création de trois écoles de santé en 1794, à Strasbourg, Montpellier et Paris, marque également un tournant. A
Montpellier par exemple, la création
du conservatoire d’anatomie
fut concomitante à celle de
l’école en 1852 sur la base de collections
existant depuis 1795[11].
Cependant, face à la rareté des cadavres et au grand nombre d’étudiants qui fréquentent les écoles de santé, l’enseignement dispensé dans les écoles de santé reste longtemps relativement théorique. On s’interroge aussi sur les effets psychologiques de la pratique de la dissection (Crignon, 2022)[12].
Au début du 19e, des accords sont conclus
entre le doyen de la faculté de médecine
Mathieu Orfila et la société anatomique
créée en 1803 par Guillaume Dupuytren, pour la mise en commun des pièces collectées dans les hôpitaux et considérées comme importantes pour l’enseignement de la médecine, ce dont témoigne le premier registre des procès-verbaux
de la société anatomique[13].
Les premières décennies du
19ème siècle voient le déploiement de moyens importants pour la création de pièces anatomiques en cire et de cabinets d’anatomie ainsi que de musées d’anatomo-pathologie par les sociétés
d’anatomies, des lieux dédiés à l'enseignement du savoir
médico chirurgical anatomoclinique.
Ces derniers sont considérées comme complémentaires à l’enseignement pratique et la dissection. Ils permettent de « pallier le caractère par définition éphémère des dissections opérées sur des cadavres qui non seulement sont rares, mais qui sont par définition sujets à se corrompre et à disparaître » (Crignon, 2022)[14].
Ils participent au développement d’une éducation anatomique commune pour les étudiants de médecine mais aussi
pour le grand public, dont les interrogations sont de plus en
plus nombreuses à propos
des causes des maladies et de la mort.
Leur nature et leurs
usages sont divers, si les
collections sont développées
dans un but pédagogique, certaines
proposent tout de même une approche esthétique.
Elles peuvent être généralistes ou traiter d’un sujet
en particulier, comme le musée des moulages de l’Hôpital Saint Louis à Paris dont
les collections sont spécialisées autour de la dermatologie ou le musée de l’Ecole
de médecine navale centré sur l’apport
de la médecine de guerre et
de la chirurgie dans la connaissance des maladies. Elles peuvent être
présentées dans les salles de dissection
comme c’est le cas à Saint Andrews en Écosse ou dans des espaces dédiés au sein
des universités voir dans des lieux hors du territoire
de l’université, avec un accès qui
est soit réservé aux étudiants soit
ouvert au grand public. Cependant, les pratiques de conservation sont très variables
et régulièrement, les doyens des facultés de médecine alertent sur l’état des conservation des collections (Crignon, 2022)[15].
2 D’OUTIL PÉDAGOGIQUE À DISPOSITIF PATRIMONIAL: QUELS
ENJEUX POUR LES MUSÉES D’ANATOMIE AUJOURD’HUI?
Si les musées d’anatomie sont progressivement tombés dans l’oubli
au cours du 20e siècle, au profit d’autres
méthodes d’enseignement et
d’instrumentation médicale,
ils n’ont cependant pas disparu.
Dans les années 1990, des études notamment anthropologiques commencent à s’intéresser aux collections dites médicales, oubliées de la recherche sur l’imagerie médicale. On pose la question de leur intérêt et plusieurs approches sont proposées, on les aborde du point de vue artistique, pédagogique ou comme produits culturels ayant joué le
rôle de médiateurs des relations et des tensions sociales (Dias, 1992)[16].
Les années 2010 sont celles d’un
regain d’intérêt (Ducourau, Pinail, 2021)[17], de
leur reconnaissance en tant que patrimoine scientifique et de leur patrimonialisation progressive (Fraysse, Séjalon-Delmas, 2019)[18].
Dans cette perspective, le musée d’Anatomie de la Faculté de Médecine de Rangueil offre un témoignage précieux
sur les méthodes
d’enseignement de l’anatomie,
leur évolution mais aussi sur l’évolution
des pratiques médicales et de notre
rapport au corps et à la maladie. Si il reste actuellement sous tutelle de la faculté de médecine mais des collaborations sont régulièrement mises en place avec le
service JBCS (Jardin botanique
et collections scientifiques)
créé en 2011 en tant que service de diffusion de la culture scientifique et technique, et dont le nom d’origine était le Service commun d'étude et conservation des collections patrimoniales. En 2012, le colloque Les Collections anatomiques : De la connaissance à la mise en valeur organisé à Montpellier cherchait
à alerter sur l’état et l’avenir incertains des collections anatomiques, provenant de collections privées et d’hôpitaux publics, telles les collections
Dupuytren, Orfila, Delmas, Rouvière ou celle de l’Assistance Publique des Hôpitaux
de Paris (Talairach-Vielmas, 2013)[19].
Ce changement de statut, de musée pédagogique à musée patrimonial (Carrère-Saucède,
2022)[20], ainsi que la mise en scène et la médiation autour de collections qui contiennent des pièces esthétiquement difficilement abordables, qui contiennent encore des restes
humains, posent de nombreuses problématiques
complexes et sensibles. Les contraintes techniques spécifiques à ces collections dont les éléments sont très diversités, posent de nombreuses difficultés de conservation, en particulier pour les restes humains dont l’absence de statut ou tout du moins, l’absence d’une définition et d’un statut clairs et partagés par tous, est un écueil non résolu (Cadot, 2007)[21] [22]. Ces questions reviennent en force sur la scène muséale et soulèvent régulièrement de fortes controverses, incitant même parfois le législateur à s’emparer du sujet. On peut citer par exemple les événements de 2005 où, à la suite du scandale
lié à la découverte d’une collection de fœtus dans la chambre mortuaire de l’hôpital Saint Vincent de Paul, le
Comité Consultatif National
d’Éthique du 22 septembre 2005 déclare les collections “obsolètes et contraires à l’éthique” [23]. Si ce décret
concerne l’exposition des foetus, l’argument éthique permet de justifier les
restrictions d’accès, la dissémination
voire la dissolution des collections anatomiques. On peut citer également le scandale lié à l’exposition Our Bodies qui s’est
tenue en France en 2008 et 2009 et qui a été finalement interdite par le
Tribunal de Paris[24]. On peut encore citer la
question des restes humains
conservés dans les collections anthropologiques
publiques et de leur retour
dans leur pays d’origine en
tant que dépouille humaine[25]. Ces dernières
ont récemment fait l’objet d’une loi
visant à poser un cadre réglementaire
pour “faciliter la restitution claire
et transparente à des États étrangers de restes humains appartenant aux collections publiques,
dans le cadre d'une démarche scientifique
et partenariale”[26]. C’est à la fois la problématique de la collecte des pièces anatomiques et du consentement qui sont mis en avant mais aussi le statut des restes comme objets de musée au déni
de leur origine humaine.
Cela pose également la question
de la dénomination des restes humains,
que Christelle Patin envisage
comme “une dénomination générique usuelle”, et de ce fait, “saisir ce qu’elle recouvre
réellement au sein des ensembles muséaux est
plus complexe” (Patin, 2019)[27]. C’est aussi le
discours porté sur ces collections
qui peut être discuté, comme
le montre Arnaud Esquerre à propos de la
communication qui entoure la l’exposition
Our Bodies.
L’exposition des restes humains et de la muséification du
corps sont des problématiques
sensibles et complexes qui remettent
en question notre rapport au corps et à l’autre, et on ne peut aborder la question des collections d’anatomie
sans s’interroger à ce sujet. Cependant, les collections
d’anatomie doivent-elles toutes disparaître comme le proposent certains ?
La question est plutôt de
savoir comment conserver, mettre en valeur et exposer ces collections
tout en respectant les restes
humains et la mémoire des individus dont les corps sont présents, car outre le témoignage précieux qu’elles apportent sur l’évolution de la
pratique et l’enseignement de la médecine,
sur les pratiques de collecte et de dissection, sur
la mise en exposition du corps humain, elles permettent également comme le dit Claire Crignon, “d’interroger le rapport qu’une
société entretient à la douleur,
à la souffrance, à la maladie,
à la mort, que ce soit du côté du patient ou du médecin” (Crignon, 2022)[28].
Ces controverses nous amènent à
interroger notre rapport au
corps et à travers lui, à la mort et son évolution. Elles interviennent
dans un contexte ou selon Patrick Baudry, le religieux perd
de son importance, où l’individualisme
se développe, menant à l’abandon du cimetière et l’oubli du défunt. Pourtant, paradoxalement, on observe une forme de surabondance
de l’exposition de la mort
à travers les écrans de cinéma et ceux de la télévision. C’est pour lui une forme de voyeurisme ambigu, qui compense l’invisibilisation
des signes sociaux de la mort, du mourir
et du deuil (Baudry, 1999)[29]. La mort perd son statut tragique, sa construction symbolique est perturbée, tiraillée entre souffrance et
jouissance. On accepte la mort finalement
parce que ce n’est plus la mort (Baudry, 2001)[30]. Avec l’arrivée des nouvelles technologies, les choses ont
encore évolué. De nouvelles
pratiques et ritualités funéraires
investissent les nouvelles
technologies. Tombes, mémoriaux,
cérémonies funéraires et commémoratives sont aussi devenues virtuelles remettant en question notre manière de vivre le deuil, notre relation à l’espace et au
temps. Les morts
continuent à vivre sur l’espace de la toile et à travers les écrans des dispositifs numériques (Dilmaç, 2016)[31]. Certains posent même la question de l’impossibilité du deuil (Cuperty, 2016)[32].
Dans l’enseignement médical,
le corps est aussi virtualisé et mis à distance. L’anatomie numérique est aujourd’hui un véritable sous-domaine de l’anatomie[33]. Les nouvelles technologies offrent des
alternatives et de nouvelles voies
à la pédagogie par simulation (Richer et al, 2016[34]) même si le passage par le rituel de la dissection semble avoir toujours autant d’importance pour les étudiants. En 2007, une étude menée à l’Université de Melbourne
par Samy A. Azer, maître de conférences
en éducation médicale à l'Unité de formation du corps professoral et Norm Eizenberg chercheur au département d'anatomie et de biologie cellulaire, concluait que les ressources multimédia
interactives ne dévalorisent
pas la dissection aux yeux des étudiants
(Azer, Eizenberg, 2007)[35]. Les nouvelles technologies ne se substituent pas à la pratique, elles lui sont
complémentaires. Les méthodes de pédagogie par simulation qui en font l’usage, tendant
à favoriser l’acquisition
des connaissances et d’enrichir
la culture médicale des étudiants, tout en ayant cependant des effets modérés sur les
résultats liés aux patients (Cook et al, 2011)[36]. Le
nombre de ressources en ligne ne cesse de croître (Douyère et al, 2003)[37],
tout autant que les dispositifs numériques permettant l’exploration virtuelle du corps
humain. Les applications de dissection virtuelle ont pénétré
l’espace des laboratoires
et des salles de classe mais aussi
celui du web et tous les supports
technologiques. Parmi les plus récents, à titre d’exemple, nous pouvons citer l’entreprise
américaine Sharecare a développé en 2020 une application
pour casques de réalité virtuelle baptisée YOU, qui propose “une simulation en temps réel du
corps humain qui permet à chacun
de naviguer et d'explorer librement un modèle
3D anatomiquement précis du corps humain,
de ses organes et de leurs fonctions naturelles”[38]. Citons également l’entreprise française Medicalem spécialisée dans la simulation médicale, qui a développé la plateforme 3D Organon, désignée comme “une plate-forme éducative médicale et sanitaire pour l'enseignement et l'apprentissage de l'anatomie sur la réalité virtuelle, les ordinateurs de bureau, les tablettes et les appareils mobiles”[39]
[40], et
est disponible sur ordinateur mais aussi depuis 2021, pour les casques de réalité virtuelle. On trouve également un grand nombre
d'atlas numériques, d’applications
et de jeux destinés à être utilisés sur
des téléphones ou des tablettes.
Certains ont été
développés pour les étudiants
de médecine mais sont mises à disposition du grand public, d’autres le sont uniquement pour le grand public. L’examen de leurs contenus et des discours qui les
accompagnent mériteraient
que l’on s’y arrête, mais ce n’est pas notre sujet.
Nous conclurons ici en observant que, d’une certaine façon, les nouvelles technologies
s’inscrivent entre rapprochement
(pour mieux connaître), et détournement du corps car
le corps virtualisé est dématérialisé mais
aussi déshumanisé.
Si nous nous recentrons sur le sujet
qui nous intéresse, l’absence des technologies est assez frappante dans le paysage des musées d'anatomie et leurs collections. Le conservatoire d’anatomie de
Montpellier fait partie des rares
à les avoir investi. Il propose une visite virtuelle sur son site internet, à partir d'images 360°, cependant, le dispositif
ne va pas plus loin et aucun autre
discours que celui des images n’est proposé aux visiteurs[41].
Comparativement aux logiciels et aux applications complexes et denses
que nous venons d’évoquer, cela ne représente pas grand chose.
Les musées d’anatomie semblent avoir du mal à s’emparer des nouvelles technologies. Les moyens qui leur
sont alloués sont très probablement
en cause pour ces musées qui sont
souvent universitaires et portés par des équipes réduites voire par une seule personne, comme c’est le
cas du Musée d’anatomie de la Faculté de médecine de Toulouse. Leur
histoire et leur contexte d’évolution a très probablement lui aussi influencé
la façon dont on les aborde
aujourd’hui. Mais la question se pose tout de même. Face à la déshumanisation
du corps virtuel, face à la nécessité
de la réhumanisation du corps réel,
comment peuvent se positionner
les musées d’anatomie à propos des nouvelles technologies ? Comment peuvent-elles
s’inscrire dans les processus de conservation et de médiation de ces collections particulières ?
Peuvent-elles jouer un rôle significatif dans le développement de ces musées ?
Comment traiter la question de la numérisation
des restes humains et leur mise en ligne ? Quels effets
cela produit-il ? Les musées d’anatomie ne peuvent-ils pas s’emparer des nombreux dispositifs qui existent pour la médiation ?
3
EXPLORER LES NOUVELLES TECHNOLOGIES : QUE PEUVENT LA
PHOTOGRAMMÉTRIE ET LA MODÉLISATION 3D POUR LA CONSERVATION ET LA MÉDIATION DES
COLLECTIONS D’ANATOMIE ?
Aujourd’hui, le musée d’anatomie
de la Faculté de Médecine
de Rangueil est confronté à
plusieurs problématiques,
la première étant liée à la
conservation des collections.
En effet,
un grand nombre de pièces sont fragiles et nécessitent des conditions particulières.
Les conditions actuelles qui n’ont
que peu évolué depuis l’arrivée du musée sur le campus,
ont engendré la détérioration progressive et parfois
importante et irréversible
d’un certain nombre de pièces.
Ensuite, c’est un patrimoine
sensible qui comprend des restes
humains, ce qui implique un contexte juridique complexe comme nous l’avons évoqué précédemment. C’est aussi un problème d’accessibilité car aujourd’hui le musée n’est pas ouvert au public, le
lieu ne se prêtant pas plus à la conservation des
collections qu’à l’accueil
du public, seuls les chercheurs et les étudiants y ont un accès limité. En termes de médiation et de
transmission des savoirs, on observe que les informations proposées sur les pièces sont généralement
incomplètes voire manquantes, et il est difficile
pour le public d’appréhender la collection sans l’aide d’un médiateur. A tout
ceci, s’ajoute également un
manque de moyens pour la conservation. Quelques actions de médiation ont tout de même été développées autour des collections avec l’exposition
de certaines pièces lors d’événements (Journées Européennes du Patrimoine, Quai des Savoirs, bâtiment administratif de l’UT III, bibliothèque santé de Rangueil),
le prêt à d’autres institutions muséales
et une page est dédiée au musée d’anatomie sur le site de l’Université[42]. Des projets ont été menés
avec l’Institut supérieur des arts et du design de
Toulouse qui ont travaillé
sur des études anatomiques qui ont
donné lieu à une exposition
et les étudiants du BUT information et communication
de l’université qui ont travaillé sur la refonte des
cartels du musée.
C’est dans ce contexte
et pour tenter de répondre à ces problématiques que le projet M.A.N 3D (pour Musée d’Anatomie Numérique en 3D) a été mis en œuvre. Il a été porté par le JBCS, le
responsable du musée d’anatomie
et par moi-même, en tant qu’ingénieure recherche et développement en innovation culturelle. Il a également impliqué les étudiants
en anatomie de la Faculté de Rangueil.
Le projet a été soutenu par la fondation Catalyses, la fondation de l’Université Toulouse III - Paul Sabatier ayant pour vocation
de financer des projets pluridisciplinaires, complémentaires
aux missions premières d'enseignement et de recherche de l'université, en partenariat avec le monde socio-économique depuis 2009.
Trois axes de
recherche ont traversé ce projet dont
l’objectif était avant tout l’expérimentation et
la réflexion autour de la
conservation et de la valorisation des collections.
Le premier axe en lien avec la dimension pédagogique
du musée s’intéressait à l’expérimentation de nouvelles formes d’enseignement de l’anatomie. Le deuxième
axe s’intéressait à la dimension scientifique et proposait de réfléchir à la mise en œuvre de nouveaux moyens de conservation et de facilitation de la recherche. Enfin, le dernier
axe portait sur la valorisation et proposait de s’intéresser à de nouvelles formes possibles de médiation plus en adéquation avec les attentes
et les pratiques actuelles
des publics, mais aussi à l’élargissement des publics actuels grâce aux
outils numériques.
Pour mener à bien cette recherche,
le choix de travailler autour d’une technologie de modélisation 3D,
la photogrammétrie et des usages
du modèle 3D a été fait. C’est
une technique bien connue
pour la préservation du patrimoine
puisque sa première utilisation remonte aux années 1980 (Vergnieux, 2018)[43]. Cependant, elle est peu utilisée
dans les musées d’anatomie.
Son premier avantage est qu’elle est peu invasive pour les
collections. Ensuite, elle est accessible, à la fois en termes
de coûts et en termes de pratique.
Enfin, ce sont les multiples usages possibles du modèle 3D à la fois pour la recherche
et pour la valorisation que
nous avons retenu. L’usage de la photogrammétrie et
du modèle 3D autour des collections du musée d’anatomie permettait donc d’une part
de proposer aux étudiants d’anatomie de se saisir de la technique pour réaliser eux-même
des modèles 3D des pièces
du musée. Cela nous permettait aussi de réfléchir à la conservation des pièces par leur doubles numérique et au développement d’un protocole de captation et d’élaboration des modèles 3D qui puisse être partagé à d’autres musées mais aussi potentiellement
avec des médecins et des étudiants en situation de dissection, dans l’optique de créer une large base de données partagée, une sorte de bibliothèque de modèles 3D. Enfin, elle devait
permettre de réfléchir à la
création d’un musée virtuel dont
les collections seraient constituées de ces doubles
numériques.
La première phase du projet, réalisée à l’automne 2021, était une phase préparatoire. Nous avons fait une étude quant aux
usages de la photogrammétrie
dans les musées d’anatomie ainsi que sur les questions techniques, liées au matériel
de captation et à la solution
logicielle. Nous avons également observé comment l’enseignement de l’anatomie s’était emparé du numérique, ou comment le numérique s’est-il
emparé de l’enseignement de l’anatomie.
Nous avons également fait un test en salle de dissection pour tester les choix que nous avions fait
et nous rendre compte des problématiques intrinsèques à ce contexte particulier de captation. Enfin, nous avons
fait l’achat du matériel.
La deuxième phase s’est portée sur la réalisation des modèles 3D par
les étudiants. Nous leur avons d’abord présenté
en janvier 2022, les enjeux
et les usages de la photogrammétrie
pour la conservation et la valorisation des collections
patrimoniales. Les étudiants ont
travaillé en groupe. Ils ont choisi
un sujet en lien avec une ou plusieurs
pièces du musée, sur lequel ils ont
réalisé une étude approfondie. Les pièces choisies étaient les suivantes :
deux bustes de la collection Nicolas, une épaule,
un ensemble de vertèbres, une base de crâne, un modèle en cire représentant un coeur ouvert et un coeur fermé, un bloc Hépato-duodéno-pancréatique,
un modèle en cire d’un clirotis. En juin 2022, ils ont réalisé une session de captation, pendant laquelle ils ont pris
les photographies nécessaires
à l’élaboration du modèle
3D de la ou des pièces qu’ils avaient étudié, selon la procédure que nous leur avions présentée.
Les étudiants ont travaillé avec leurs téléphones personnels. C’est à partir de ce matériel photographique que nous avons réalisé
les modèles 3D, sur le logiciel
Agisoft. Les modèles ont été ensuite
mis en ligne, sur la plateforme
Sketchfab[44].


|
A gauche : dispositif de captation. |
A droite : dispositif de captation, autre configuration |

Capture d’écran de la plateforme Sketchfab et des modèles réalisés
4 VERS DE NOUVELLES EXPÉRIENCES ANATOMIQUES VIRTUELLES ?
En premier lieu, nous avons
été confrontés à des problématiques financières et organisationnelles. Le lancement
du projet a été retardé de
5 mois, en cause un retard de versement de la première tranche de la subvention par la Fondation Catalyses et dont l’objectif était de financer la phase préparatoire avec notamment l’achat du matériel. La deuxième tranche de la subvention n'a, elle, jamais été versée,
en cause les problèmes de gestion
de la fondation et la cessation
de ses activités en 2022,
ce qui a entraîné la suspension
du projet. Nous avons été également soumis
à la difficulté de coordonner
l’emploi du temps du
responsable du musée d’anatomie
et de celui des étudiants d’anatomie avec celui du projet. Ainsi, plusieurs réunions ont été
reportées, la présentation aux étudiants a elle aussi été retardée
de plusieurs mois. Cela a eu pour conséquences
également, le fait que nous avons pu
mettre en œuvre une seule phase de captation et non plusieurs comme nous l’avions
prévu. De fait, ce sont seulement 8 modèles qui ont été réalisés et nous n’avons pas
pu travailler au développement et à l’amélioration du protocole de captation
et d’accompagnement des étudiants
suite au retour d’expérience de la session réalisée en juin. Nous n’avons par exemple, pas pu tester
le plateau tournant et l’automatisation de la captation
ni les filtres polarisants sur les pièces mais aussi
sur d’autres pièces constituées de matériaux diversifiés et plus difficiles à saisir.
En termes de techniques et de captation, lors des tests de la phase préparatoire réalisés en salle de dissection, nous avons été confrontés
à plusieurs difficultés techniques liées à l’objet de la captation, une veine se trouvant aux abords de l’estomac.
Les difficultés principales étaient
relatives à la localisation de la veine,
l’ouverture assez réduite pour y accéder avec l’appareil
photo mais aussi la matière du corps, dont les reflets et la brillance n’ont pas permis de capter
tous les détails avec pour effet,
un rendu un peu flou. Cette problématique
ne s’est pas posée lors
de la captation réalisée dans le musée d’anatomie
avec les étudiants, puisque les pièces ont pu être
sorties des vitrines, installées dans le studio photographique et l’éclairage mieux maîtrisé. Le matériel que nous avions choisi
et l’usage des téléphones
des étudiants, ont permis un rendu assez qualitatif, d’autant plus que les modèles n’ont pas été
retravaillés comme cela est généralement le cas pour les modèles destinés à des usages professionnels et scientifiques.
La qualité du modèle a finalement été plutôt dépendante en réalité de la rigueur des étudiants pendant la captation que du matériel en lui-même. Leur implication
dans le processus de captation a été forte mais toutefois
légèrement inégale d’un groupe à l’autre
car le procédé de captation
demande un temps assez long, une grande rigueur et une méthodologie très précise que certains ont eu du mal à mettre en œuvre.
Par manque de temps, nous n’avons
pas pu faire travailler les étudiants sur les textes d’accompagnement des modèles 3D sur la plateforme ni
de fait, sur la question spécifique des restes humains dont certains ont
pourtant fait pour ce projet, l’objet d’une captation
(base de crâne, épaule,
ensemble de vertèbres, base de crâne
et bloc Hépato-duodéno-pancréatique). Cela pose des questions
éthiques que nous n’avons pas pu
approfondir. Aujourd’hui
ces restes humains sont traités au même
statut que les cires et les
autres pièces anatomiques. Il n’est mentionné nulle part leur
nature originelle. Cette question est d’autant plus importante que
le numérique opère potentiellement
une mise à distance supplémentaire
entre la pièce anatomique
et le visiteur, qu’il soit enseignant, étudiant ou grand
public. On peut se demander quelle est la différence entre ces pièces modélisées à partir de photographies réelles et des pièces entièrement modélisées en 3D. Est-ce une question de changement de support et/ou de changement de discours et de
point de vue ? Doivent-elles faire l’objet d’un traitement, d’un discours différent ? Lors de nos recherches
en phase préparatoire, nous avons
trouvé plusieurs dispositifs
numériques proposant d’explorer
le corps humain, d’interagir
avec des modèles 3D de corps, et proposant parfois ce qui s’apparente fortement à une dissection. Nous nous sommes demandé comment ces dispositifs sont reçus par les publics ? Est-ce que certains éprouvent de l’écoeurement comme si cela était
une vraie dissection ou au contraire, est-ce
que les publics n’y voient
que l’aspect ludique et pédagogique ? Qu’est-ce que cela veut dire de faire une dissection virtuelle d’un
corps en 3D ? On peut
même se demander si on pourrait un jour
faire des dissections virtuelles à partir de corps réels ?
Il semble donc particulièrement pertinent de s’intéresser au regard des visiteurs
d’aujourd’hui face à ces doubles numériques de restes humains, à leur rapport au corps
et à représentation de la maladie
et de la mort à travers l’espace de l’écran. Comment se les approprient-ils,
quel statut leur donnent-ils ? On pourrait se demander est-il plus acceptable de montrer
des restes humains dans leur version virtuelle ? Est-ce que cela
ne risque pas d'entraîner une banalisation des restes humains et in fine, la déshumanisation
totale de ces pièces ?
Au contraire, n’est-ce pas le lieu pour leur rendre leur
humanité et aborder les
questions sensibles de leur
collecte et de leur statut dans ces musées peu connus et soumis à de forts préjugés ? Est-ce que le musée d’anatomie que certains désignent comme « le musée des horreurs », pourrait acquérir, retrouver peut-être le statut qu’il avait dans le passé grâce à
la mise en ligne de ses
collections et l’élaboration d’un nouveau discours autour d’elles ?
Nous nous
posons également la question de savoir si le terme de restes humains ne doit pas évoluer comme
notre regard et nos représentations évoluent ?
Le projet M.A.N 3D a ouvert des questions intéressantes qui sont loin d’avoir
trouvé des réponses mais aussi des perspectives prometteuses.
Il a démontré l’intérêt de l’utilisation de la photogrammétrie
pour l’enseignement de l’anatomie, en engageant fortement les étudiants
et en adéquation avec leur appétence pour les nouvelles
technologies. Tous nous ont fait part de leur intérêt pour ce mode d’enseignement alliant cours théoriques, recherche personnelle et atelier pratique. Nous avons également pu constater
leur satisfaction de participer à la création des modèles et de voir le rendu de leur travail
en ligne sur la plateforme Sketchfab. Sans remplacer l’enseignement classique, le travail réalisé autour des modèles 3D l’a complété et enrichi en le rendant plus pratique, concret et interactif. On peut dire finalement que ce projet a opéré une réactualisation des pratiques de l’enseignement et de la recherche
en anatomie que nous avons évoqué en première partie. Si les modèles d’hier étaient faits de cires, de papier mâché et de restes humains, ceux d’aujourd’hui sont faits de données
numériques. Les outils numériques permettent
de nouvelles approches, de nouveaux points de vue et en ceci, nous aimerions qu’il inspire d’autres enseignants. Il en est de même pour
les pratiques de conservation
et valorisation des collections.
Le projet a également permis de démontrer l’intérêt de l’utilisation de la photogrammétrie pour l’étude et la conservation des pièces, permettant de réaliser un modèle à un instant T, pouvant servir de modèle de référence dans le suivi de l’état de la collection. Nous avons pu constater la facilité de mise
en œuvre et mesurer les opportunités de partage que la
mise en œuvre d’une bibliothèque 3D pourrait ouvrir pour la recherche et l’étude de l’anatomie. Nous avons également pu mesurer
les perspectives de collaboration
qu’un tel projet ainsi que la création et le développement d’un musée virtuel
d’anatomie pourrait avoir, en faisant travailler ensemble des étudiants
et des experts issus de la médecine mais aussi
dans une perspective interdisciplinaire, de filières dédiées au patrimoine
et à l’informatique.
En conclusion nous dirons donc que, un développement des usages de la photogrammétrie et de la modélisation
3D des collections anatomiques
permettrait de réactualiser
les pratiques de recherche
et de valorisation, en ouvrant
de nouvelles pistes de collaboration
et en contribuant à la création
de nouvelles formes de conservation,
de recherche et de médiation.
Dans un sens, ici, rien de nouveau. Ce sont des projets qui existent déjà dans
d’autres musées, pour d’autres collections.
Cependant, le réel intérêt de ce projet est dans sa
proposition de repenser la conservation et la valorisation
de ces collections qui peinent
à trouver un statut et une reconnaissance dans le monde muséal comme dans
le monde de la recherche et de l’enseignement.
Nous pensons que ce type de
projet apporte une solution intéressante pour des musées dont les moyens sont généralement limités. Enfin, l’intérêt est également
d’ouvrir la réflexion autour de la question de la numérisation des restes humains,
du statut qu’il convient de leur donner mais aussi
sur l’évolution de nos représentations
et de notre rapport au corps, le nôtre et celui des autres, à la maladie et à la mort.
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[1] Docteure en sciences de l'information et de la
communication, Chercheuse associée
au LERASS, Axe Patrimoines et médiations,
Université Toulouse III.
[2] Il s'agit essentiellement
d’os secs, groupés en séries d’enseignement par typologie d’os: crânes, humérus, coxaux...
[3] pour Musée d’anatomie numérique en 3 dimensions
[4] Fraysse Patrick, Séjalon-Delmas
Nathalie. 2019.
“Exposer les savoirs pluriels de la mémoire scientifique à l'université paul sabatier de Toulouse”
In Da Cunha Frota Maria Guiomar, Nascimento Da Silveira Fabricio José et Gomes
Pablo (dir.), Médiations de l’information,
démocratie et savoirs pluriels, Actes des 4e journées scientifiques internationales du réseau MUSSI (Belo Horizonte, Brésil, 27-28 juin 2019), p.
46-54.
[5]
Dias Nélia. 1992. “Le corps en vitrine”,
Terrain, 18, 72-79.
[6] On peut évoquer la
figure du charlatan, à la fois
acteur et soigneur populaire qui sillonne les routes européennes au Moyen Âge,
et dont les pratiques empruntent largement aux codes du théâtre.
On peut aussi évoquer le costume destiné à protéger les médecins de la
peste, équipé d’un masque au long
bec et d’une tenue recouvrant intégralement le
corps, rappelant les personnages
de commedia dell’arte Pulcinella ou Pantalone,
inventé par Charles Delorme, premier médecin de Louis XIII, au 16ème siècle.
[7] Carrère-Saucède Christine. 2022. “Mise en scène et théâtralisation de la médecine en Europe: de la spectacularisation à la muséification”,
dans Mediações cientificas potenciais :
Museus e coleções da
Universidade Federal da Bahia/Brasil e da Université de Toulouse - Paul Sabatier/França,
Salvador de Bahia (Brésil),
EDUFBA, 2022, 180 p.
[8] On peut se rappeler
celles de Marie Grezholt aussi connue sous
le nom de Madame Tussaud, formée par son oncle, le médecin-sculpteur Philippe Curtius,
qui mettent en scène des sculptures de cire et dont le succès, mènera à la création du premier musée permanent Londres en 1835,
le célèbre Musée Tussaud. Martinez, Pascale. 2021.
“L’œil immersif” dans un théâtre de cire : l’exemple du musée Grévin, Études théâtrales, 69-70, 35-46. Son succès
ne s’est jamais démenti, au point qu’il
existe aujourd'hui 23 musées
Tussaud répartis sur les cinq continents .
[9] Crignon Claire. 2022. “De l'usage
des collections d'anatomie pathologique dans la formation des médecins une approche historique des humanités médicales”, dans Julie Cheminaud; Claire Crignon. 2022. Dupuytren
ou le musée Des Maladies, Sorbonne Université Presses.
[10] Cilli Cristina, Giacobini
Giacomo, Giancarla Malerba.
2011. “Que faire des musées de savants ? Le défi du Musée d'Anatomie
de Turin”, Hermès, La Revue, vol. 61, no. 3, pp. 191-194.
[11]
https://www.umontpellier.fr/universite/patrimoine/musees/musee-danatomie
[12]
Crignon
Claire. 2022. “De l'usage des collections
d'anatomie pathologique dans la formation des médecins une approche historique des humanités médicales”, dans Julie Cheminaud; Claire Crignon. 2022. Dupuytren ou le musée Des Maladies, Sorbonne Université Presses.
[13] Il est à noter que les relations entre les
sociétés anatomiques et les
facultés de santé ne sont pas
dépourvues de tensions quant au statut
et à la propriété des pièces
de dissections qui sont considérées comme des objets de recherche par les médecins qui les mettent en dépôt et qui, ont parfois du mal à les récupérer
une fois qu’elles sont entrées dans
les musées universitaires. Ces tensions ont perduré et on trouve des exemples tout au long
du 19ème et du 20ème siècle. Voir à ce sujet Ferry-Danini
Juliette. 2023. “De la collection à la collection :
le cas croisé de la collection
Dupuytren et de la Société d'anatomie de Paris au XIXe siècle”
dans Dupuytren
: Le musée des maladies, dirigé par Crignon et Cheminaud, PUPS, Paris, Presses
Universitaires de la Sorbonne,
Paris.
[14]
Crignon
Claire. 2022. “De l'usage des collections
d'anatomie pathologique dans la formation des médecins une approche historique des humanités médicales”, dans Julie Cheminaud; Claire Crignon. 2022. Dupuytren ou le musée Des Maladies, Sorbonne Université Presses.
[15]
Crignon
Claire. 2022. “De l'usage des collections
d'anatomie pathologique dans la formation des médecins une approche historique des humanités médicales”, dans Julie Cheminaud; Claire Crignon. 2022. Dupuytren ou le musée Des Maladies, Sorbonne Université Presses.
[16] Dias Nélia. 1992. “Le
corps en vitrine”, Terrain,
18, 72-79.
[17] Selon Caroline Ducourau
et Marie-Angeline Pinail, qui se sont
penchées sur le cas des collections
de l’université de Montpellier, on observe une prise de conscience de la valeur patrimoniale de ces collections à partir des années
2000, avec par exemple en
2004, le classement des collection
au titre des monuments historique, puis en
2013 le recrutement d’une conservatrice et en 2015, avec la
création de la direction et
le recrutement d’une régisseuse des collections. Ducourau Caroline, Pinail
Marie-Angeline. 2021. “Les collections d’anatomie de la faculté de médecine
de l’université de Montpellier :
Histoire des collections et
étude des pièces sur la syphilis” dans La syphilis : Itinéraires croisés en Méditerranée et au-delà xvie-xxie siècles,
Aix-en-Provence, France : Presses universitaires
de Provence
[18] Fraysse Patrick, Séjalon-Delmas
Nathalie. 2019.
“Exposer les savoirs pluriels de la mémoire scientifique à l'université paul sabatier de Toulouse”
In Da Cunha Frota Maria Guiomar, Nascimento Da Silveira Fabricio José et Gomes
Pablo (dir.), Médiations de l’information,
démocratie et savoirs pluriels, Actes des 4e journées scientifiques internationales du réseau MUSSI (Belo Horizonte, Brésil, 27-28 juin 2019), p.
46-54.
[19] Talairach-Vielmas
Laurence. 2013. Les collections anatomiques en France et l’Exemple
du Musée d’anatomie de la Faculté de Médecine de Rangueil. Projet de mise en valeur des collections anatomiques du Musée d’anatomie de la Faculté de Médecine de Rangueil, JBCS.
[20] Carrère-Saucède
Christine. 2022. “Mise en scène et théâtralisation de la médecine en
Europe: de la spectacularisation
à la muséification”, dans Mediações cientificas potenciais
: Museus e coleções da Universidade Federal da Bahia/Brasil e da Université de Toulouse - Paul Sabatier/França,
Salvador de Bahia (Brésil), EDUFBA, 2022, 180 p.
[21] Cadot Laure. 2007. “Les
restes humains : une gageure pour
les musées ?”, La Lettre de
l’OCIM, 109, 4-15.
[22] Si des décrets créés
au début du 19ème siècle encadrent la collecte de cadavres pour l’enseignement anatomique, ils concernent l’utilisation des cadavres, et sont en faveur de l’instruction publique au regard de l’instruction
privée. Même si la question du respect dû au corps mort
est présente dans les esprits, les questions liées au consentement et à la propriété du corps du malade ne se posent pas
réellement et c’est de la condition du médecin confronté en
permanence aux images difficiles de la mort qu’il est
avant tout question.
[23] Avis du CCNE n°89 du 22 septembre 2005 à propos de la conservation des
corps des fœtus et enfants mortnés, art. 5.
http://affairesjuridiques.aphp.fr/textes/avis-du-ccne-n-89-du-22-septembre-2005-a-propos-de-laconservation-des-corps-des-foetus-et-enfants-mort-nes-en-reponse-a-la-saisine-du-premier-ministre/
(consulté le 17.04.2020)
[24] voir
à ce sujet Esquerre, Arnaud. “Le bon vouloir des restes humains à être exhibés”, Politix, vol. 90,
no. 2, 2010, pp. 71-89.
[25] voir par exemple
Patin Christelle. 2019. “Les multiples vies des “restes
humains” patrimonialisés ou la gageure de leur caractérisation” dans Ataï, un chef kanak au
musée :
Histoires d’un héritage colonial, Paris,
Publications scientifiques du Muséum.
[26] Loi du 26 décembre 2023 relative à la
restitution de restes humains
appartenant aux collections publiques,
https://www.vie-publique.fr/loi/289831-loi-restitution-de-restes-humains-appartenant-aux-collections-publiques
[27] Patin Christelle. 2019. “Les
multiples vies des “restes humains”
patrimonialisés ou la gageure de leur caractérisation” dans Ataï, un chef kanak au musée : Histoires d’un héritage colonial, Paris, Publications scientifiques du Muséum.
[28] Crignon Claire. 2022. “De l'usage des
collections d'anatomie pathologique
dans la formation des médecins une
approche historique des humanités médicales”, dans Julie Cheminaud; Claire Crignon. 2022. Dupuytren ou le musée Des Maladies, Sorbonne Université Presses.
[29] Baudry Patrick. 1999. La place
des morts. Enjeux et rites. Paris, Armand Colin,
Collection Chemins de traverse (dirigée par David Le
Breton), 205 p.
[30] Baudry Patrick. 2001. “La mémoire des morts”,
Tumultes, vol. 16, no. 1, 2001, pp. 29-40.
[31] Dilmaç Julie Alev. 2016. Mort et mise à mort
sur internet. Études sur la mort, 150, 151-173.
[32] Cuperty Sandrine. 2016. “Vers
une réincarnation numérique ?
L’exemple de “Be Right Back”
de la série Black Mirror”, Effeuillage, vol.
5, no. 1,, pp. 58-61.
[33] Jorge Joaquim & Belchior, Pedro &
Gomes, Abel & Sousa, Mauricio & Madeiras Pereira, Joao & Uhl, Jean-François. 2022.
Anatomy Studio II : A Cross-Reality Application for
Teaching Anatomy, Conférence IEEE 2022 sur la réalité virtuelle et les
interfaces utilisateur 3D, résumés et ateliers (VRW),
Christchurch, Nouvelle-Zélande.
[34] Richer Jean-Pierre, et al. 2016. “Réflexions sur les activités pédagogiques et de recherches en médecine en relation avec le don du corps à la science à l’ère
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[35] Azer Samy A., Eizenberg Norm. 2007. “Do we
need dissection in an integrated problem based learning medical course ? Perceptions of first- and second-year students”, Surg Radiol Anat,
29 (2) : 173-80.
[36] Cook David, Hatala Rose, Brydges Ryan, Zendejas Benjamin, Szostek Jason
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[37] Douyère
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[38]
https://www.sharecare.com/pages/vr
[40] Le logiciel propose plus de 12 000 structures
anatomiques https://www.3dorganon.com/
[41]
https://static.zooomez.fr/medias/pr/ph/120327-niceon/vm/fr/34/000/conser_anat_2017/
[42]
https://www.univ-tlse3.fr/patrimoine-et-collections/medecine#:~:text=Les%20collections%20d'anatomie%20regroupent,quelques%2Duns%20des%20%C3%A9l%C3%A9ments%20conserv%C3%A9s.
[43] Le premier projet s’inscrivait
dans le cadre d’un projet associant
archéologues et ingénieurs
3D, en 1985, et dont les résultats
ont été exposés au musée du Luxembourg à Paris. Vergnieux Robert. 2013. “De la
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